J'ai déjà eu plusieurs fois l'occasion d'expliquer dans ces articles que je travaillais dans le milieu commercial et que l'essentiel de ma profession consistait à vendre des services et prestations diverses et peu importantes à une clientèle variée, hétéroclite et peu importante également. Le panel complet des consommateurs types (ménagère de moins de cinquante ans, retraité d'une profession libérale, jeune de plus de seize ans en rupture de société, jeune cadre dynamique et divorcé, touriste étranger égaré, etc..) se presse donc quotidiennement à mon office afin de réclamer mes bons et loyaux services. Une longue expérience dans ce domaine professionnel me permet de m'amuser sans honte ni vergogne à me moquer ouvertement mais gentiment tout de même, car je ne suis pas un monstre pervers, de la clientèle consternante qui se bouscule afin de passer en premier telle la chair à canon vêtue de bleu des tranchées d'un très lointain jadis... C'est donc avec un réel plaisir difficilement dissimulable que je vis arriver devant moi ce touriste belge (oui, je sais, mais je vous promets que c'est vrai...) et hébété. Je ne me rappelle plus ce qu'il voulait, ni ce que je lui ai vendu (car ce n'est pas forcément la même chose !), mais je me souviens parfaitement de l'instant magique ou ce spécimen fantastiquement consternant a brandi sa carte de crédit VASI Gold pour nous les hommes qui le valent vraiment très bien sous mes yeux attentifs. « Est-ce que je saurai payer avec ma carte bleue ? » me demanda-t-il. « Elle n'est pas bleue puisqu'elle est gold ! » répondis-je avec une lassitude extrêmement bien imitée. Il rit bêtement tell Guillaume (Guillaume Tell naturellement, essayez de suivre !) avant de tenter vainement et à plusieurs reprises d'introduire sa carte dans le lecteur prévu pour cet effet dont l'orifice d'introduction était pourtant clairement signalé par une gigantesque flèche jaune fluo et éblouissante. « Oh, mais je ne saurai trouver l'entrée de cette machine, une fois ! » mugit-il rageusement. Je me tournai alors vers une collègue qui regardait la scène avec un petit sourire entendu et lui dit malicieusement : « Alors là, je suis tombé sur le champion du monde ! ». Quelques secondes plus tard, mon brave touriste trouvait enfin et sans doute par hasard l'entrée de la machine qui lui dévorait sa carte de crédit. Il leva alors la tête vers moi, me regarda longuement avant de me dire ceci : « Alors Monsieur, vous saurez me dire de quoi je suis champion du monde ? ». A cet instant, j'aurais voulu devenir invisible, minuscule ou disparaître derrière un rideau de fumée. L'arroseur arrosé, la réponse du berger à la bergère, la baffe qui écrase et casse celui qui a ouvert le feu et déclenché la tempête. Merci pour cette belle leçon d'humilité. Ami belge, tu as gagné la première manche. Mais ce n'est qu'un début, continuons le combat et ce sera tout pour aujourd'hui...
Notre document ci-dessus : Observez attentivement la belgitude flagrante de ce touriste égaré et constatez qu'une noire casquette ne saurait cacher un si noir dessein une fois...